Suis-je une mauvaise mère ?

5 mai 2017

Je vous regarde, vous les jeunes mamans, vous extasier sur les réussites de vos enfants, leur donner des surnoms, leur écrire des odes à l’amour et je me confronte moi-même à ma vision de la maternité.

Enfin par me confronter je veux dire que je me prends un gros parpaing dans la gueule quand je vois que je suis à mille lieues de vous. À mille lieues de m’extasier devant ce que mes filles font.

Alors oui, elles sont grandes, mais en fin de compte, je ne l’ai jamais fait.

Je n’ai jamais hurlé à qui veut l’entendre que ça y est elle avait percé une dent, je n’ai jamais organisé d’anniversaire digne d’un épisode de Desperate housewife, je n’ai jamais appelé ma mère pour lui dire que ma fille marchait. Je n’ai jamais partagé ces petits moments de leurs vies. Je ne pleure pas quand mes filles prennent un an de plus en me disant “où est mon bébé”. Non, au contraire, je suis heureuse qu’elles grandissent car nos vies changent. Je ne me suis jamais faufilée dans leurs chambres pour sentir leurs cheveux le soir, je ne me suis jamais shootée en sniffant leurs doudous. Je n’ai jamais pleuré en rangeant un pyjama trop petit…

Est-ce parce que j’ai été mère jeune et que je n’avais pas les mêmes attentes, ni les mêmes besoins ?

Est-ce que c’est le monde qui a changé ?

Je pense que la solution réside dans mes deux questions, mais, aussi, en moi.

Je ne suis pas une démonstratrice de mes sentiments, on me fait souvent la remarque. Je suis froide. Mais est-ce pour autant que je les aime moins que ces mères qui en font “des tonnes” ?

Je n’ai jamais éprouvé ce remue-ménage dans mes chairs, je n’ai jamais senti mon cœur se déchirer quand elles sont parfois tombées, je n’ai jamais eu la peur de ma vie pour elle.

Est-ce parce que je ne suis pas une inquiète de nature ? Parce que j’ai un self-control plus élevé que d’autres ? Parce qu’elles n’ont jamais rien eu de grave ? Parce que j’ai été élevée comme ça … ? Parce que je les aime moins ?

Plus elles grandissent et moins nos rapports sont intimes. Par intime j’entends : tendresse, câlins, bisous… On est plus dans les bisous vite faits, ceux qui ne se touchent même pas avec ma grande et dans les soupirs de désolation, que j’en ai oubliés le temps où elle était un bébé. Parfois, je l’avoue, je songe au jour où elle quittera la maison avec joie. ENFIN libre. Enfin…

Est-ce que ça fait de moi une mauvaise mère ?

Vouloir avoir une carrière et ne pas rester chez moi, on me l’a sorti souvent celle-là aussi, est-ce que vouloir être épanouie fait de moi une mauvaise mère également ? Est-ce que vouloir réussir professionnellement, au détriment de mes enfants, comme certains le pensent, fait de moi une maman égoïste ou une femme épanouie ?

Je me sens parfois à part, pas comme les autres, ce n’est pas tant que ça me dérange d’être différente mais ça me pousse à un questionnement. Est-ce que la maternité a évolué depuis 2004, je pense que ce n’est pas une question à se poser, c’est une certitude. Nous sommes dans des concepts qui me semblent être à des années-lumière de ceux que j’ai appliqués à mes filles et je suis parfois (souvent) dans l’incompréhension face à de jeunes mères. Je ne me sens plus concernée par tout ça, je n’envie pas les bidons ronds et les nouveau-nés ne me procurent pas de montées de lait ni de frétillement de l’épisiotomie. Suis-je pour autant une mauvaise mère ?

Je suis tellement soulagée de les déposer au bus et à l’école le matin et de travailler, et c’était déjà le cas quand je les ai mises en crèche… suis-je pour autant une mauvaise mère ?

Je suis contente de les retrouver le soir, mais au bout de quelques heures, minutes, secondes parfois, elles gâchent nos moments ensemble. Je dois toujours hausser le ton, punir, menacer. (Oui je ne suis pas très bienveillante je sais, lance-moi ta couche lavable, je rattrape. Je l’ai dit que j’étais à des années-lumière de l’éducation version 2017. Elles ne sont jamais contentes de rien, quoi qu’on fasse et si on les contrarie, la fin du monde est proche.

Je voudrais m’exiler, écouter du Julien Doré et écrire.

Parfois, je voudrais ne pas avoir eu d’enfants et pouvoir profiter de la vie simple d’une célibataire. Être égoïste, ne penser qu’à moi. Ne me soucier de rien d’autre que de l’instant présent sans m’inquiéter de l’heure qu’il est, de ce qu’on va manger, de leur avenir, de leur énième engueulade, de si elles ont encore des chaussettes propres et de chaussures à leur taille.

Parfois …. Souvent. Trop souvent.

Je me rends compte que plus le temps passe et moins j’éprouve de plaisir à passer du temps avec mes filles. Les crises, les disputes, l’adolescence, la vie, l’absence de mon mari…

Est-ce que tout ça a eu raison de mon amour pour mes filles ou suis-je dans la lassitude des derniers instants avant le retour de mon amoureux au bercail … ?

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6 Commentaires

  • Répondre julielareboussiere 5 mai 2017 sur 7 h 35 min
    Coucou!!! Oh que ca me parle…
    Tu sais je dis toujours ce que les gens nous donnent à voir sur les RSS c’est ce qu’ils nous donnent à voir…
    Une fois que les portes (ordinateur) de chez eux sont fermes on ne sait pas ce qu’il se passe.
    Je suis heureuse qu’ils grandissent et je n’ai jamais pleuré, des fois je les envoie dans leur chambre parce voilà, ils vont parfois chez les gd parents des jours durant et je n’ai jamais culpabilisé… Ils me manquent ms c’est largement gérable !
    Enfin, il y a autant de mamans, de papa, d’enfant que de famille! L’essentiel c’est d’être en paix avec soit même.
  • Répondre monica 5 mai 2017 sur 8 h 11 min
    Alors moi je pense faire partie des “mères qui en font des tonnes” parce que je kiff ça, sincèrement. J’adore parler de ma fille, je peux être gaga très vite mais ce n’est pas ça être une bonne mère.
    Il ne faut pas oublier que tu ne vois “que ça” car c’est ce qui est partagé sur les RS mais la grande majorité des mamans ne sont pas dans la démonstration constante et je ne pense pas que ce soit des mauvaises mères.
    En effet, la parentalité a également évolué ces dernières années. Vers le mieux? Pas forcément, à chacune de trouver son équilibre.
    Il y a plein (plein!!!) de mères qui “en font des tonnes” ET qui travaillent à plein temps en adorant ça! Tu n’es pas obligée de choisir entre les deux et encore moins à te sentir coupable.
    Perso j’adore passer du temps avec ma fille mais j’aime tout autant “bosser” sur mes blogs ou mon livre pendant qu’elle est la crèche.
    Je déteste être enceinte mais j’ai adoré accouché. J’ai aimé chaque étape d’évolution de ma fille mais je n’ai jamais eu le nostalgie ni de la peine qu’elle grandisse. Au contraire! chaque nouvelle étape est tellement fun (ou épuisante au choix lol).

    Dans ton cas je pense qu’il y a plusieurs pistes à explorer, dont certaines que tu as très bien su pointer du doigt: tu es moins démonstrative (et alors?), tu aime ta vie de femme active (allelouia!), tu aime passer du temps avec ton homme sans enfants (et moi donc bordel!). Il y a aussi peut être quelque chose à avoir du côté de tes propres rapports avec ta mère… et puis SURTOUT SURTOUT tes filles sont en pleine adolescence et ça putain de bordel de merde ça peut pousser un parent au meurtre!

    Es-tu une bonne mère? Déjà le fait de se poser la question fait que oui. Est-ce que tu apporte à tes enfants amour et sécurité (je ne parle pas de bienveillance qui est une autre étape pas toujours facile)? Si la réponse est oui, tu as ta réponse en général.
    Oui certaines mères en font des tonnes mais elle ne sont pas meilleures (ou moins bonnes non plus). A chacune sa parentalité mais les RS sont un prisme qui met en évidence celles qui en parlent le plus, logique.

  • Répondre Lola 5 mai 2017 sur 12 h 33 min
    Je bosse, je n’en fais pas des tonnes, mes enfants me fatiguent parfois,je crie aussi de temps en temps. J’adore les voir grandir. Je n’ai pas pleurer quand je suis reparti travailler. Mais merde, jamais je ne regretterai leur naissance et ne cesserai de les aimer. Je suis heureuse de les voir/écouter/observer dans leur évolutions. Je les ai plus tard aussi, c’est peut-être ça la clé. Profiter de sa jeunesse et être prête avant de les avoir. Car on est maman pour la vie à mon sens. Je ne suis pas née dans les années 2010 et pourtant j’ai été élevée dans la bienveillance, comme quoi c’est pas une mode 😉.
    Pour moi, quand on se lance dans cette aventure, c’est pour la vie, c’est pour eux (nous ne sommes que des tremplins, des guides dans leur vie).
    La question est : es-tu en paix avec toi de cette façon ? Peut être n’as-tu pas à coeur de faire plus tout simplement. Chacun fait avec ses capacités et ses moyens.
  • Répondre Delph Dolce 6 mai 2017 sur 1 h 01 min
    Bah en 2002 fb n etait mas là mais j etais aussi niaise sur ma grande en photo et mots sur blogs que maintenant ^^
    C est propre à chacun! Et être de celles qui en font des tonnes ne réd pas meilleure qu une autre!
    Il n y a pas de mode d emploi, de mere parfaite pour de vrai!
    Ici je reve d avoir une autre moi celib oui, je ne regrette pas mes enfants, mais je passe à côté de ma vie (rien à voir avec ief 😉 )
    Je crie aussi xD
    Et ma 15 ans a bien trop grandi et je ne gère plus grand chose… si on pouvait sauter la periode de 9 à 20 ans je suis partante…

    Tu n’es pas plus mauvaise qu un autre!
    💋💋💋
    D.

  • Répondre Maëline 6 mai 2017 sur 10 h 59 min
    Je pourrais écrire un pavé mais en fait je te dirais juste que je me retrouve dans chaque ligne de ton article. Merci.
  • Répondre Valérie 2 juin 2017 sur 11 h 24 min
    Vous me faites penser à moi, mais la différence c’est.. que je n’ai pas d’enfants.
    Parce que c’est aliénant, et que je sais d’avance que si j’en avais un, je manquerai de calme et de temps pour moi.
    Vous semblez déprimée, mais vos filles ne sont pas responsables de ça.
    J’ai moi même une mère distante, égocentrique, qui nous fait subir ses humeurs, et croyez moi j’aurai préféré qu’elle s’abstienne de faire des enfants ou de façon plus réaliste, qu’elle ne nous déverse pas son agacement lié à ses choix de vie qu’elle regrette.
    La bienveillance n’est pas superlfue, elle est essentielle, j’ai lu votre article sur cette notion, les premières personnes à en bénéficier devraient être vos filles, car c’est leur confiance en elle que vous construisez
    Vos mots sont durs, j’espère pour vos filles que vous ne les pensez pas et que vous êtes simplement déprimée, et que surtout vous allez vous ressaisir.
    On a tous des rêves, des déceptions, des ambitions à revoir, des amitiés décues, bref, c’est la vie. C’est en étant bienveillant qu’on attire le positif autour de nous, cultiver les sentiments négatifs, surtout envers vos proches, ne vous fera pas avancer dans vos projets.
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