Ces jours qui comptent #1

1 mai 2016

On se fréquente depuis un moment maintenant. Vous savez beaucoup de choses sur moi, mais j’ai envie de vous raconter des jours qui ont compté dans ma vie pour X ou Y raison.

Alors aujourd’hui en voilà un, peut-être le premier d’une longue série, c’est un jour où… Un jour gravé dans ma mémoire. Un jour à partager. Un jour d’intensité.

” Il fait chaud à l’aube de mes quatorze ans. Juin s’achève, pour laisser place aux vacances d’été. Je rentre de mon cours de tennis et une chose est certaine mon esprit était bien ailleurs. C’est pas encore aujourd’hui que je vais devenir Amélie Mauresmo. Impossible de me concentrer. Mon cerveau est obnubilé par mon rendez-vous d’après.

Mais comment je vais faire ? Comment réagir ? J’en sais rien moi, je l’ai jamais fais !!

Putain j’ai la trouille mais un truc de malade? Je crois d’ailleurs que c’est LE jour le plus important de ma vie. Le jour qui va tout sceller pour la suite. Si je rate ce rendez-vous je peux dire adieu à ma vie future, c’est simple je n’aurais plus de raison de vivre, plus aucune. Et alors revenir au collège après non mais la honte quoi. Je ne sors plus de chez moi c’est simple.

J’avance à pas rapides vers l’arrêt de bus, portant en bandoulière mon sac Head jaune contenant mes raquettes. Mes parents me l’ont offert pour mes 13 ans, nourrissant en moi de grands espoirs sportifs. Force est de constater que je ne suis pas aussi douée qu’ils l’espéraient. Et je suis une mauvaise perdante, ce qui n’arrange rien quand on perd souvent.

Il est là ! Je devine sa silhouette mince et élancée à côté du banc. Les autres sont là aussi et rebroussent chemin en me voyant arriver au loin. Il tourne la tête vers moi, lève les yeux de sa bécane et les rabaisse aussi vite.

Super il a hâte de me voir c’est génial… Moi qui pensais qu’il se dirigerait vers moi pour me serrer dans ses bras. Il faut que j’arrête les romans romantiques sinon je vais finir vieille fille à trop attendre des autres. Vivre sa vie et non la rêver Virginie ! Je dois absolument arrêter de me rêver écrivain de romans à succès et voir les gens tels qu’ils sont, pas comme ces personnages qu’inventent les auteurs.

L’homme de 15 ans, n’est pas romantique. L’homme de 15 ans accorde plus d’importance à sa mobylette qu’à la jeune fille transpirante dans son tee-shirt jaune qui s’avance vers lui. L’homme de 15 ans se cache derrière un sourire ferreux et une voix indéfinie.

Il me lance un “salut” à peine audible quand j’arrive à sa hauteur. Je le gratifie de mon plus beau sourire en lui demandant comment il va. Il ne lève pas les yeux de sa foutue machine. En même temps il ne verra pas mon front suinter, c’est pas plus mal. On s’est vu ce matin au bahut en même temps, il n’a pas besoin de savoir comment je vais. Ou il s’en fout ?

– On y va ? me demande-t-il en levant les yeux vers la ruelle derrière le petit casino.

– Je te suis, dis-je la gorge aussi serrée que si angine blanche venait de me paralyser les cordes vocales.

J’ai chaud. J’ai froid. J’ai peur. L’instant si redouté approche à grands pas.

On doit faire vite pour se faufiler dans la ruelle à l’abri des regards des gérants de la supérette qui se trouvent être… mes parents. Un regard furtif à l’entrée de la boutique me laisse entrevoir mon père qui est affairé à remplir les rayons au fond du magasin. Ma mère est au rayon fruits et légumes, c’est l’instant parfait pour se glisser à l’abri des regards.

Je l’attrape par la main et nous nous mettons à courir comme si notre vie en dépendait, comme si nous étions poursuivi par des morts-vivants.

La traversée fut courte mais tellement intense que nous avons le souffle coupé quand nous nous arrêtons dans la fameuse ruelle. J’ai du mal à reprendre ma respiration et lui aussi. Je m’adosse au mur de la maison portant le numéro 2, les habitants sont sourds comme des pots. Ils viennent tous les matins faire des courses dès l’ouverture et j’entends ma mère leur hurler le montant depuis ma chambre avant de partir au bus. On peut faire du bruit sous leurs fenêtres au moins on ne se fait pas enguirlander ici.

Mes frères en savent quelque chose, eux qui arpentent les rues du quartier avec leurs patins à roulettes et leurs ballons. C’est deux là sont insupportables, j’en peux plus. Si seulement on avait un jardin, je ne serais pas obligée de les supporter à gratter à la porte de ma chambre quand maman ne veut pas qu’ils aillent jouer dans la rue. Je suis obligée de les surveiller, sinon elle veut pas qu’ils jouent seuls dehors. Pffff c’est chiant. Franchement il peut leur arriver quoi à jouer seuls dans la rue ? Se faire enlever ? Bon débarras. Je plains ceux qui vont les enlever, ils sont tellement chiants qu’ils vont nous les ramener aussi sec les deux.

Mon rythme cardiaque ralenti et je souris en pensant aux pauvres ravisseurs qui pourraient vouloir kidnapper mes deux andouilles de frérots quand il s’approche de moi. Il tend ses deux bras autour de mon visage pour poser ses mains sur le mur en crépi blanc du numéro 2 et me forcer à plaquer mon corps contre la paroi. Mon rythme cardiaque accélère instantanément tant notre promiscuité est restreinte. Je sens son souffle sur mon visage. Il a l’haleine mentholée. Moi, je suis rouge écarlate et je sens la sueur, pour le glamour on repassera plus tard. Je ne suis définitivement pas une héroïne de roman mais une contre façon.

Il me gratifie d’un “t’as de beaux yeux” qui me fait des frissons dans le ventre avant de pencher sa bouche vers la mienne. Je l’entrouvre afin de laisser place à son appendice lingual. Je ferme les yeux pour laisser libre cours à l’intensité de la situation. Mes dents blanches s’entrechoquent avec les fers de son appareil dentaire, sa langue tourne autour de la mienne. Il a le goût du thé à la menthe. Je mets mes mains autour de son coup et me redresse sur la pointe des pieds pour être à sa hauteur. Nos bouches sont toujours collées nous emportant dans le tourbillon de la vie.

L’instant semble durer une éternité. Il vient de déflorer mes lèvres charnues par le plus beau des baisers. Mon coeur d’artichaut semble ne plus pouvoir aimer personne d’autre tant l’instant était parfait et pur.

A l’aube de mes 14 ans, Christophe, me dispensait mon premier baiser.

Il fut l’amour de ma vie durant les deux semaines qui suivirent. “

A très vite pour un autre jour où ?

Et toi ton premier baiser raconte !!!!!!

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1 Commentaire

  • Répondre froggiesmums 1 mai 2016 sur 21 h 16 min
    Moi mon premier baiser c’était avec l’homme de ma vie on est marié depuis bientôt 15 ans, on se connait pfff je préfère oublier lol c’était dans une petite rue a côté de la mairie (celle ou on c’est d’ailleurs marié), un jour de décembre. En écrivant ceci je viens de me rendre compte que cette mairie fait partie de notre histoire, j’avais jamais remarqué.
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