Je suis cette fille qui a eu chaud

8 octobre 2014

En cette nuit du 23 Mars 2009 j’ai eu chaud… même très chaud car j’aurais pu y rester.

Il avait fait très beau la veille et nous avions passé une très bonne journée. Le midi nous avions mangé dehors avec nos voisins, des tortillas mexicaines, ils n’en avaientt jamais mangé, à 40 ans il devenait urgent d’y remédier. C’est tellement bon et ludique à manger, nous on adore! Et d’ailleurs ils ont adoré.

On s’est doré la pilule jusqu’à 16h en profitant de ce soleil de printemps qui nous réchauffait le visage et nous donnait presque chaud. C’était un moment paisible, Mlle L. jouait dans le jardin et nous on papotait en buvant notre café, eux fumant leurs cigarettes.

Nous nous sommes dis au revoir et j’ai filé sous la douche car j’avais eu chaud finalement… La soirée a avancé doucement, nous avons mangé léger, couché Mlle L. qui était très fatiguée de cette journée en plein air. le printemps revenait enfin après cet hiver long et froid.

Nous avons regardé une série à la télé et vers 23h j’ai filé sous la couette, trop épuisée pour continuer à regarder la TV. Ce bol d’air avait eu raison de mes insomnies, je me suis endormie comme un bébé…

Vers 1h30 un mal de ventre horrible m’a réveillé, j’ai couru au toilettes, heureusement la porte est juste en face de celle de ma chambre. J’avais mal, tellement mal, j’avais des crampes horribles, la douleur me faisait pleurer. J’essayais de ne pas faire de bruit car mon homme et Mlle L. dormaient dans les chambres à coté, mais mon amoureux a pointé le bout de son nez à travers la porte des Wc et m’a demandé ce que j’avais.

MAL j’avais mal! j’étais blanche comme un linge, en sueur mais j’avais tellement froid.

Stoïque, il me dit: Mais ce sont des contractions que tu as non? Mais oui il avait raison c’était des contractions, mon bébé voulait pointer le bout de son nez 3 jours plus tôt que prévu. J’avais mangé épicé à midi ça avait du déclencher, je me rappelle un épisode de Friends où Rachel mange épicé pour accoucher plus tôt! va savoir pourquoi cette image me vient à ce moment là.

Bordel je suis assise sur mes toilettes depuis 20 minutes à ne plus pouvoir me lever, j’ai des contractions toutes les 2 minutes. Il me dit bon je réveille Mlle L et on part à la maternité!

Euh non là on ne part plus à la mater’, on a 45 minutes de route c’est pas possible on y arrivera jamais sans compter le temps de se préparer.

Il appelle les pompiers qui l’envoie bouler car je n’ai pas perdu les eaux, ils nous disent d’appeler une ambulance. Ben oui eihn c’est pas comme si j’allais accoucher, j’ai que ça à faire chercher le tel d’une ambulance sur Google pour les appeler. On fait le 15, le Samu. Là il est au téléphone avec un médecin mais il bafouille, il n’arrive pas à expliquer ce qui se passe. De mon trône je lui crie de me passer ce Putain de téléphone (oui on est vulgaire quand on a mal..) et je parle au médecin j’arrive à lui dire que j’ai des contractions depuis 30 min qui sont à présent toutes les 2 minutes voir plus rapproché, que je suis à terme (à 3 jours près on va pas chipoter..) et que là il faut qu’on vienne m’examiner pour voir si je peux partir à la maternité…!

Il raccroche en me disant envoyer une ambulance de suite…

20 minutes passent, 20 longues minutes qui me semblent être une éternité. J’ai enfilé un pantalon et je suis allongée sur mon lit, couchée sur le coté en chien de fusil. Je profite du laps de temps entre les contractions pour essayer de respirer et ne pas avoir mal.

Mon homme a réveillé Mlle L. et l’a emmené chez les voisins pour qu’elle n’ai pas peur, car même si j’essaie de faire la forte, quand j’ai mal je crie et à 4ans et demi entendre sa maman crier dans la chambre ben ça peut perturber alors on va éviter eihn j’ai pas envie de me ruiner en Psychothérapie moi!

On frappe à la porte, je suis seule sur mon lit. J’ hurle d’entrer! Deux hommes arrivent, des ambulanciers qui ne savent même pas pourquoi ils sont là; ont leur a juste dis de venir chez moi mais ils ne connaissent pas la situation. Ils me voient allongée sur le lit, moi et mon gros ventre et m’ordonnent de suite de me mettre sur le dos, car ma position est très mauvaise pour le bébé je suis appuyée sur la veine cave qui le prive d’oxygène. Je m’exécute avec horreur, ça fait 20 minutes que je suis dans cette position, j’ai envie de pleurer mais je n’en ai pas le temps. En me retournant je pousse un cri de douleur et les premiers mots que je leur dit sont :

“Enlevez- moi mon pantalon et ma culotte elle arrive ! ” (belle entrée en matière)

Ils me regardent pantois, déconcertés, mais s’exécutent, oui je vais accoucher maintenant! Moi aussi j’aurais préféré être ailleurs mais seulement voila Mlle E. en a décidé autrement!

Ils sortent un champ stérile et me le place sous les fesses, je pousse ma couette par terre et leur indiquant de prendre des serviettes de bain dans le placard à côté de mon lit et de me les glissées sous les fesses. Oui je pense à mon matelas dans une telle situation! Ne me demandez pas pourquoi je ne le sais toujours pas, la folie sans doute.

Après m’avoir retiré tout ce qui me restait de dignité, la valse commence…. une fois, deux fois, trois fois et OUFFF  je pousse un soupir de soulagement! elle est là!

Oui elle est là mais je ne l’entends pas pleurer. Je regarde les deux hommes, blancs (j’apprendrais plus tard que c’était leur premier accouchement!), et je ne peux m’empêcher de descendre mes mains pour pouvoir sentir ce qu’il se passe. C’est rond, visqueux, ça colle mais surtout ça bouge…. et une autre contraction me délivre de cette angoisse naissante et Mlle E. se met à pleurer. Le plus beau son que je n’ai jamais entendu. Mon matelas a subi un Tsunami, j’ai les fesses qui baignent dans un liquide collant, mon bébé est là sur mon matelas, je me redresse, l’attrape et la regarde. Elle est belle, entière, sale mais rose, elle pleure, je la colle contre moi. Les infirmiers clampent le cordon et appellent mon homme.

Il attendait dans le salon. il me regarde avec fierté et amour. Notre famille vient de s’agrandir!

le SAMU arrivera 20 minutes plus tard, 20 minutes pendant lesquelles je suis restée allongée dans mon lit avec ma fille sur le ventre encore reliée par le cordon ombilical. 20 minutes merveilleuses de pur bonheur!

S’en suivront les premiers soins et notre départ pour la maternité…

Je n’ai pas eu peur, à aucun moment, dans l’ambulance qui nous amenait à l’hôpital j’étais galvanisée par les commentaires des infirmiers, sage femme et obstétricien; pour eux j’étais une héroïne, j’avais accouché seule chez moi! Je racontais ma prouesse avec fierté et euphorie, comme on raconte une histoire drôle.

Mais tout a basculé quand nous sommes arrivées à l’hôpital!

Mon mari avait appelé ma mère pour qu’elle vienne récupérer Mlle L.

Je suis sortie de l’ambulance sur un brancard, une infirmière portait Mlle E. Les premiers regards de ma mère ont étés pour elle et ensuite elle m’a regardé. J’ai pu lire dans ses yeux la peur! Elle avait eu la peur de sa vie quand mon homme l’avait appelé. Elle me fait jurer de ne plus recommencer ça, j’acquiesce pour lui faire plaisir même si je ne contrôle rien.

On me fait passer la porte de l’hôpital, elle est dehors avec Mlle L. et mon homme, mon futur mari et je m’effondre! Je pleure toutes les larmes de mon corps. Je réalise que j’aurais pu mourir, que Mlle E. aurait pu mourir elle aussi, toutes les deux. Je réalise la chance que j’ai eu ce soir et le mal que j’ai fait à mes proches car ils ont eu peur, peur pour moi!

Ce soir la j’ai eu très chaud!

JSCF

PS: plus tard les infirmières en maternité, qui me prennent elle aussi pour une héroïne, m’apprendront que ma fille est née calottée, la tête étant sortie encore dans la poche des eaux, et qu’il est de coutume de dire que ça porte CHANCE!

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8 Commentaires

  • Répondre Delph Dolce 9 octobre 2014 sur 7 h 53 min
    Très beau récit!
    Ce que je ne comprends pas c est que tu dises que tu aurais pu mourir et Melle E aussi.. Que s est il passé??

    Bises

    D.

    • Répondre Virginie 9 octobre 2014 sur 8 h 23 min
      Merci !
      Le cordon aurait pu être coincé autour de son cou, j’aurais pu faire une Hémorragie, elle aurait pu avoir un pb.
      J’étais dans mon lit au fin fond de ma campagne, sans médecin avec moi. On a eu beaucoup de chance !!
  • Répondre Maëva Rêves de Bulle 9 octobre 2014 sur 15 h 55 min
    C’est une magnifique histoire ! Moi on plus je ne comprends pas que tu dises que vous auriez pu y rester : l’hôpital n’est pas obligatoire pour accoucher, tu avais des ambulanciers, le samu est arrivé peu après… Je rêve d’un accouchement comme ça ! Oui, tu es une héroïne qui a donné la vie seule, mais non, c’était pas plus dangereux qu’en hôpital ^^ La preuve : vous allez bien : les accouchements qui se passent mal sont plus rares que ceux qui se pasent bien, et au contraire, le fait d’être trop assité crée des problème justement, puisqu’on n’écoute moins son corps. Le naturel reste l’idéal pour donner la vie ^^
    • Répondre Virginie 9 octobre 2014 sur 18 h 09 min
      oui vous avez toutes raison mais sur le coup c’est le sentiment que j’ai ressenti et c’est ce que j’ai lu dans les yeux de ma mère!
      Je ne suis pas une héroïne il y a 100 ans les femmes accouchaient toutes chez elles..! Mdrrrr
      Mais c’est vrai que c’est assez galvanisant quand on te le dis!! mdrrrr
  • Répondre sophie mum 10 octobre 2014 sur 8 h 29 min
    <3 <3 <3
  • Répondre Sacha 5 novembre 2014 sur 16 h 18 min
    Whaou, quel beau récit ! Cela a dû être très éprouvant et intense, je n’imagine même pas la peur que vous avez pu avoir.
    Mais c’est magnifique ! Vous avez été super courageuse, et quel souvenir pour votre famille !
    • Répondre Virginie 5 novembre 2014 sur 16 h 21 min
      Merci beaucoup Sacha! Ici on se tutoie, installe toi, tu vas pas être déçue de la suite!! 😉 A bientôt Kiss
  • Répondre Pitch 22 mars 2015 sur 11 h 14 min
    Ah oui, j’aurai trop peur si je devais accouchée chez moi, bravo pour la réussite et l’aggrandissement de cette belle famille.
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