Je suis cette fille face aux violences conjugales

9 octobre 2015

Encore une fois je vois fleurir un peu partout des statuts sur les violences conjugales, sur ces hommes qui battent leurs femmes, sur ces connards qui ne nous respectent pas, mais je vois surtout des polémiques sur ces femmes débiles qui restent. C’est cet article lu il y a peu qui me fait écrire aujourd’hui…

L’an dernier à la même époque, je suis tombée sur le statut d’une blogueuse que je suis depuis longtemps, elle a une très grande communauté et est très populaire, je l’adore, mais je n’ai pas aimé son post ce jour la sur facebook.

Il disait à peu près ça…

“Les femmes qui sont battues ouvrez les yeux et partez.

Vous ne devez pas rester, pas accepter que votre mari vous batte”

Les commentaires qui ont suivis m’ont fait du mal. Pas à moi, directement mais à toutes les femmes qui subissent des violences.

Les internautes traitaient les victimes de débiles, des dessinateurs les traitent de connes  !

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On est débiles de rester, on aime se faire taper dessus par notre homme c’est certain, sinon pourquoi on resterai?

Ce jour-là j’ai décidé de ne pas répondre à ces commentaires non pas par dédain, non pas pas mépris juste parce que les gens ne peuvent pas comprendre.

Comment peut-on demander aux autres de comprendre ce que nous-même nous ne comprenons pas alors qu’on l’a vécu ?

Comment dire aux autres qu’on ne sait pas vraiment ce qu’il se passe ?

Comment ?

Je ne voulais pas enfoncer des portes ouvertes, ni me battre sur la place publique…

Alors j’ai décidé de vous raconter mon histoire, mon passé, une partie de moi. De ma vie.

Je me suis dit que de faire plonger mes lecteurs en immersion dans cette histoire pourrait peut-être les aider à comprendre.

A comprendre comment on entre dans cette spirale infernale sans s’en rendre compte et comment il devient quasiment impossible d’en sortir… encore moins indemne.

Moi j’ai vécu pendant 6 ans avec un homme qui m’a violenté, parfois, mais qui surtout m’a violé des soirs durant.

J’ai été victime de ce qu’on appelle le viol conjugal. Une violence en demie teinte, une violence intime, une vie de peur, d’attente, d’angoisse, mais une vie d’Amour, car ça commence TOUJOURS par une belle histoire!

C’est dur d’écrire ce roman et aussi cet article mais il le faut !

OUI les femmes battues devraient partir

OUI c’est stupide de rester

OUI notre mari n’a pas le droit de nous faire du mal

OUI…

Oui mais NON on ne peut pas fuir juste comme ça et se dire que c’est fini!

Non la vraie vie c’est pas juste si te me frappes je pars, si ce soir tu me touches je te coupe les couilles. Ca on le pense, on le rêve, on l’imagine mais on ne PEUT pas le faire.

Pourquoi?

Parce que dans un premier temps on ne sait pas ce qu’il se passe, on ne sait pas que ce qu’il nous fait c’est mal, c’était juste une fois il a pas fait exprès, on lui trouve des excuses, il s’excuse lui aussi de nous avoir fait du mal. Et puis ça repart bien pendant quelques jours, quelques mois pour les plus chanceuses et la vie reprend son cours et au moment où tu t’y attends le moins, il recommence. Et toi tu lui retrouves des excuses.

Vient le jour où tu n’as plus la force de l’excuser, tu es à bout, tu veux que ça cesse. Tu lui demandes d’arrêter, tu l’implores de ne pas le faire, tu lui dit que tu vas le quitter. Il te frappe plus fort que d’habitude, te pénètre plus violemment que la veille, te menace de se tuer, de te tuer si tu le quittes, de prendre tes enfants…

Alors OUI on devrait partir mais on ne PEUT pas, nous sommes tellement terrifiées par ces hommes que bouger le petit doigt nous est IMPOSSIBLE.

Imaginez vous dans une minuscule pièce avec la chose, l’animal qui vous fait le plus peur, qui vous terrifie, vous ne pouvez pas bouger, vous êtes tétanisé.

Une femme victime de violences conjugales et comme vous face à une araignée géante dans une pièce de 2m²: TÉTANISÉE PAR LA PEUR

Comment vous demander de comprendre alors que moi-même avec le recul je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas partie plus tôt, comment j’ai pu être aussi naïve, comment j’ai fait pour rester… mais je n’étais pas la même que celle que je suis aujourd’hui.

Le schéma de ces vautours est toujours le même, une femme mal dans sa peau avec un fort besoin de reconnaissance, on lui offre une belle histoire d’Amour, on lui promet Monts et Merveilles et puis petit à petit, de manière insidieuse mais tellement délicate, on l’isole du monde pour la formater. Ces hommes sont patients, très patients, trop patients… Le premier coup arrive au moment où tu ne l’attends pas pour que tu restes justement. Un peu comme le chien de Pavlov…

Regardez les gens qui vous entourent et tendez leur la main, ne jugez pas les femmes battues.

Ce ne sont pas des connes, des débiles, des idiotes, des brebis qui se prennent pour des saintes NON ce sont des femmes qui souffrent en silence, des guerrières qui protègent leurs vies et parfois (souvent) celles de leurs enfants.

Et ce n’est pas parce qu’on a pas de marques visibles que l’ont n’est pas violentée par son mari…

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20 Commentaires

  • Répondre Pimprenelle 9 octobre 2015 sur 8 h 59 min
    Touchée ! J’en ai les larmes aux yeux ! Je suis entièrement d’accord avec toi, parce que cela commence toujours par une histoire d’amour et que nous les femmes, nous y croyons ! Nous trouvons toujours des escuses pour sauver notre histoire d’amour ! Et puis avoir le courage de partir, c’est recommencer a zero, c’est comme un échec vis avis des autres, c’est peut être se retrouver à la rue sans rien etc… Je crois que celles, qui arrivent a partir, lé font le jour où le “mal” risque de toucher leur enfant ! La, elles ne réfléchissent plus!
    De toute façon, je ne supporte pas les gens qui jugent, critiquent etc … Au lieu d’aider !
    Ã bientot et respect !
    Pimprenelle
    http://www.cinquanteansetalors.com
  • Répondre Maman Prout 9 octobre 2015 sur 11 h 04 min
    Je n’ai pas de mots…mais je partage illico ton article qui DEVRAIT être lu par le plus grand nombre…
  • Répondre Delph Dolce 9 octobre 2015 sur 11 h 24 min
    Ouaw…
    Je ne sais que dire à part “bravo” pour oser en parler, pour être partie…
    D.
  • Répondre vaness 9 octobre 2015 sur 11 h 31 min
    Tes mots raisonnent en moi…c’était il y a 9 ans.
    Merci pour ton article je le partage également.
    Vaness
  • Répondre Une parisienne à Vincennes 9 octobre 2015 sur 11 h 41 min
    Wouah Bravo, bravo d’arriver à en parler, bravo d’être partie, bravo de ce chemin parcouru
    On a un ami qui est battu par sa copine, il n’arrive pas à partir, pas facile pour ses amis de trouver les mots qui l’aideront ..
  • Répondre SAM 9 octobre 2015 sur 15 h 47 min
    Moi c’est surtout apres les pouvoirs publics que j’en ai : est-ce normal que ce soit la femme battue qui doive quitter le domicile conjugual pour aller dans un foyer ? L’homme lui, peut rester tranquille dans sa maison ou appart’.
    De plus souvent ces femmes sont isolées, sans emploi et avec des enfants.
    Les gens qui ne comprennent pas ont qu’à faire comme moi, regarder des témoignages et lire des livres pour voir par quelles étapes les femmes passent lorsqu’elles arrivent finalement à quitter leur mari violent. Et combien sont obligées de vivre cachées dans la peur….
    • Répondre La mère dodue 9 octobre 2015 sur 22 h 39 min
      même si cela semble complexe, il y a des procédures qui fonctionnent très bien pour protéger les femmes et les enfants en cas de victimes conjugales, sans forcément passer par la case foyer : éviction du conjoint violent, ordonnance de protection… tout ceci est abstrait lorsque l’on vit l’enfer, mais cela existe et fonctionne. Pas toujours bien c’est vrai, pas toujours de manière simple d’apparence, mais énormément de choses ont été faites. N’hésitez pas à contacter les associations d’aide aux victimes !
  • Répondre PAVARD 9 octobre 2015 sur 19 h 40 min
    Quel article ! Si poignant… de quel courage font preuve ces femmes et toi pour ne pas plier et arriver un jour à s’ en sortir malgré la peur…
    <3
  • Répondre marmotte 9 octobre 2015 sur 19 h 50 min
    J’ai vécu le chantage et la peur… Les (soi-disant) tentatives de suicides de mon ex pour tenter de me faire culpabiliser… mais il ne m’a jamais battue ou violée … Le jour où je suis enfin partie (en courant et avec l’ex belle mère qui courais derrière moi pour tenter de me rattraper) je me suis sentie libérée, enfin, jusqu’au jour où il a fait en sorte que je perde la garder de mon fils et depuis c’est l’enfer. Je n’ai plus de contacts avec lui depuis longtemps et comme il me l’a lui même écrit il a renoncé a “connaitre cet enfant”… SON propre fils. Il aurais pu me laisser partir avec lui et nous foutre la paix mais il a préférer me faire du mal une dernière fois avant de disparaître de nos vies… et il a hélas réussi son coup.
    La seule fois ou j’ai été battue par un homme je l’ai immédiatement mis a la porte, avant d’aller porter plainte. Je sais combien il est difficile d’en parler et de s’en sortir. <3
  • Répondre lim 9 octobre 2015 sur 20 h 33 min
    J’ai un peu de mal…
    J’ai été l’enfant battue.. Celle qui prend pour elle, pour son frère, pour sa mère… Celle qui sera une rebelle à vie malgré 17 ans d’analyse…
    Celle qui ne sera jamais complètement réparée…. Parce que sa mère a évité d’être battue elle même pour dériver les coups sur sa fille ..
    Alors je me suis révoltee, battue, avec les poings, avec un maillet, avec ma rage et ma volonté. J’ai été sdf un temps à dormir dans des voitures… Parce que j’ai pris, moi, cette décision terrifiante.. Et malgré cela, malgré les trahisons de la famille qui pense que le mieux c’est d’appeler le père en douce lorsqu’on se réfugie chez eux, malgré l’errance, j’ai travaillé, fait des boulots, et des études jusque là thèse. .
    Alors non, je suis désolée mais je ne peux pas comprendre. ..
    Sans pour autant juger…
    • Répondre vecchiato 31 octobre 2015 sur 2 h 45 min
      6 ans en couple, les violences ont commencé 1 an après notre installation ensemble. Mon fils est arrivé, j’ai toujours cherché à le protéger. Je suis enfin partie il y a quelques mois maintenant après une ultime crise violente, mais malheureusement il reste le père de mon fils, ce père ce manipulateur, cet homme dangereux se fait passer pour le Père idéal depuis que je suis partie alors que quand on était ensemble il ne s’en est pas occupé, et que ses seules tentatives c’était des “méthodes éducatives” violentes. C’est pour cette raison que j’ai eu du mal à partir. Je savais qu’il n’hésiterait pas à instrumentaliser le petit. Ce n’est pas si simple que çà. Il existe tellement de formes de violences différents. Les gens sont remplis d’a priori, d’idées préconçues. Le jour où j’ai rencontré cet homme je suis rentrée dans une secte, c’est exactement cela. Je suis pourtant une fille avec beaucoup de tempérament, j’ai fait des études supérieures mais rien n’y a fait je me suis fait enrôlée. J’en parlerai très bientôt je pense sur mon blog.
  • Répondre Lili 9 octobre 2015 sur 22 h 09 min
    Quel article émouvant. Respect pour pouvoir dévoiler ta vie, cette vie tellement difficile à partager. Vraiment respect et quel courage !!
  • Répondre La mère dodue 9 octobre 2015 sur 22 h 26 min
    Salut Virginie,

    je t’avais dit que je reviendrais commenter à froid. Je le fais mais il ne fait pas si froid que ça finalement. Parce que tes mots (maux) ne refroidiront jamais.

    Tu as raison de le dire, de l’écrire, le crier, le hurler, le parler, cela n’est pas “si simple”. Tu te fais agresser par le premier connard venu, le voisin, le mec que tu ne connais pas, la plainte, le refus seront immédiat. Parce qu’évidents.
    En cas de violences conjugales, tout est plus compliqué, car tout commence toujours (ou presque) par de l’amour.
    A ceux qui ne comprennent pas que partir n’est pas une option aisée, ni une option évidente, je prendrais le fameux exemple de la grenouille : plongez une grenouille dans une casserole d’eau bouillante, elle se battra pour s’en sortir, se débattra, sautera… Plongez là dans une casserole d’eau froide que vous portez doucement à ébullition, elle ne se rendra pas compte de l’environnement mortel dans lequel elle se trouve. Et quand l’eau deviendra trop chaude il sera trop tard.

    le plus difficile pour la victime de violences conjugales, c’est l’acceptation de cet état de victime. Et cet acceptation, il n’y a que le dialogue, l’écoute, la main tendue qui peuvent lui permettre d’exister.

    Ne jugez pas, jamais, soyez présents, dénoncez au besoin, parlez à des associations si vous ne savez que faire, mais ne jugez pas ces femmes qui utilisent déjà toute leur énergie à survivre, avant de vivre. ne jugez jamais des comportements que vous pourriez parfaitement avoir dans les mêmes circonstances.

    Tu peux être fière de toi. être victime n’est jamais simple, le reconnaitre est le début de la liberté.

  • Répondre La Carne 12 octobre 2015 sur 10 h 02 min
    Bouleversant. courageux. Dur. Vrai. Ton témoignage est tout cela. Humain aussi et surtout. Respect pour tes mots, tes maux.
  • Répondre sophie mum 12 octobre 2015 sur 14 h 25 min
    merci pour ton article ma mère a été battu par mon père elle a reussi a partir mais a quel prix elle nous a jamais vu on frere et moi et elle a sombré. je deteste ces hommes qui battent leur femme, avec mon père ça été bcp conflictuel et ça l’ai encore je n’accepte pas ce qu’il a fait
  • Répondre Lydoue 12 octobre 2015 sur 15 h 17 min
    Bravo.
    Pour avoir accompagné des femmes victimes de violences, je puis affirmer que c’est exactement ce qu’elles ressentes.

    Alors, que certains bas de plafond ne comprennent pas, c’est un fait… mais qu’ils insultent les victimes, car ils ne possèdent pas l’empathie et/ou l’intelligence suffisantes pour imaginer l’impossibilité de bouger liée à la panique, je n’excuse pas.
    Quand on accompagne ces femmes, on sait que c’est long… que déjà, lorsqu’elles s’adressent à une structure pour parler, chercher de l’aide, elles ont franchi un énorme pas, mais que le chemin risque d’être encore long avant qu’elles décident une bonne fois pour toute de partir… car nombreuses sont celles qui partent et… reviennent… toujours par peur. Parce que oui, même loin, elles ont encore peur !!! Peur d’être retrouvées (on les place en foyer sécurisé le temps de trouver d’autres moyens), peur que les gosses leur soient retirés (alors qu’ils accompagnent leur mère dans ces foyers), etc… elles ont tant vécu avec la peur au ventre que, même loin, celle-ci ne disparaît pas aisément.

    Je partage bien entendu ce témoignage un peu différent des autres, car il s’adresse à tous ceux qui se gaussent, ne comprennent pas et insultent en se pensant drôles…

  • Répondre Lydoue 12 octobre 2015 sur 15 h 33 min
    Oh lala… ” ce qu’elles ressentes “… bah tiens, avec un s final… Je rougis de honte.
  • Répondre Maëva 11 novembre 2015 sur 2 h 55 min
    Tu m’as permise de trouver le courage d’en parler. Je ne trouvais jamais les mots et en parcourant ton blog je me suis dit que je pouvais le faire. Tu m’as donner le courage d’écrire un article sur ce sujet tellement difficile et je te remercies pour sa. Je tenais aussi à te dire que tu es une personne vraiment courageuse et que je te souhaites vraiment tout le bonheur que tu mérites maintenant. Si tu en as l’envie, tu peux passer voir également ma petite histoire en attendant j’attends de découvrir tes nouveaux articles. A bientôt. 🙂
  • Répondre Élisabeth 2 mars 2016 sur 1 h 31 min
    Moi je suis restée paralysée pendant ma lecture
    Moi j ai été la fille d un papa violent physiquement avec maman et psychologiquement avec mes deux frères,maman et moi
    L araignée je la connais, quand j entends de ma chambre ses cris et sa violence.
    Moi je suis terrorisée,alors que je suis une petite fille,moi je ne veux qu une chose,que quelqu’un vienne nous sauver de cet homme qui n en n est pas ûn
  • Répondre Alex 3 septembre 2016 sur 2 h 56 min
    J’ai été victime de violences conjugales durant quasi 7 ans il m’avait coupé de tout le monde mes proches, ma famille. Il fallait que je sois soumise à lui, ne jamais dire un mot plus haut que l’autre, demander la permission pour sortir de chez moi, s’il me disait de fermer ma gueule car c’est ainsi qu’il me parlait et que je n’obéissait pas j’avais droit à de grosses gifles qui me bouchait le tympan durant minimum 10jrs, il me tirait par les cheveux et me frappait devant mes enfants, c’était des humiliations c’était terrible. J’avais porté plainte contre lui mais il avait réussi à me manipuler et j’étais revenue, ce qu’il m’a fait payer par la suite par un œil au beurre noir, le visage gonflé, le nez qui saignait, tout ça pendant des vacances à l’étranger devant sa famille qui n’a pas bougé.
    J’ai fait 3 allers et retours et la 4 éme fut la bonne j’ai enfin eu le courage de partir et surtout l’aide de ma famille.
    La violence conjugale est conjuguée avec plusieurs autres choses
    C’est un cercle vicieux dont il est difficile de sortir
    J’ai tellement de mal à vivre à faire confiance à un homme maintenant.
    Courage à toutes celles qui auront la force de partir et de définitivement arrêter de vivre sous l’emprise de ces monstres
    Tout a une fin dans la vie, tout se paye, ayez confiance en vous et vivez vos rêves
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