Je suis cette fille #6

8 décembre 2014

Les semaines défilent à une vitesse folle, je suis toujours aussi amoureuse, un peu plus chaque jour qui passe. J’ai déménagé dans sa chambre petit à petit pour ne plus retourner dans la mienne. Le mois de Mai est déjà là accompagné de ses weekends à rallonge, et justement lors ce celui-ci je dois rentrer chez mes parents; ils vivent à 1h de la cité U, dans la campagne, j’y retourne de moins en moins souvent. Mes parents savent que j’ai un amoureux mais je ne leur ai pas encore présenté, j’ai peur.

Peur du jugement de ma mère, peur du regard de mon père, peur des commentaires de mes petites sœurs, j’ai peur de la réaction de mon père face à Hassan, peur car mon père m’a toujours dit “Tu me ramènes tout sauf Ça!”  et le fameux Ça en question se trouve partager mon lit depuis 4 mois déjà, le Ça me rend heureuse mais mes parents ne s’en rendent pas compte.

Je suis partie de chez mes parents à peine mes 18 ans révolus, direction la Cité U, je suis passée du cocon familial à cette chambre de 9m² parfois beaucoup trop grande pour moi, je suis passée d’une maison pleine de vie à cette solitude pesante, j’étais déjà très mal dans ma peau à mon arrivée dans cette jungle universitaire mais mes parents n’en faisaient pas cas, pour eux je faisais une crise d’adolescence à retardement, pour eux ça allait passer, pour eux il fallait que je parte, que je quitte la maison pour vivre ma vie. Moi je pense qu’ils voulaient se débarrasser de moi et vivre avec mes petites sœurs parfaites, ils voulaient être tranquilles.

A mesure que le temps passait j’avais de moins en moins de nouvelles de leur part, je n’en donnais pas non plus mais je m’attendais à avoir un coup de fil, les discussions avec ma mère étaient de plus en plus courtes, de plus en plus informelles, de moins en moins personnelles, de moins en moins fréquentes, de plus en plus forcées…
Et il y eu un soir, un soir où j’ai attendu son coup de fil , un soir où j’ai regardé mon téléphone des minutes durant, de longues minutes qui sont devenues des heures, un soir où ma mère ne m’a pas appelé comme prévu, un soir où j’avais envie de lui parler, un soir où j’avais besoin de ma maman, un soir où je me sentais comme une petit fille de 5 ans qui veut qu’on la coiffe. Ce soir là ou je me suis retrouvée sur mon bureau la fenêtre ouverte, ce soir là où j’ai voulu mourir, ce soir là où la goutte a fait déborder mon petit verre d’eau dejà trop plein, ce soir là où Hassan est venu frappé à ma porte, ce même soir où il m’a sauvé la vie.

Alors c’est décidé, aujourd’hui je leur présenterais et ils l’aimeront ou ne me verront plus jamais, lui ne m’a pas abandonné comme eux.

On sort du TER, le trajet a duré ce qui m’a semblé une éternité mais je regrette d’être déjà arrivé, tout le paradoxe de la situation. Ma mère m’attend comme prévu dans la voiture, elle ne sait pas que je ne suis pas seule. Je m’avance vers la Ford bleue, Hassan me suis, ma mère nous regarde quand j’ouvre la porte passager pour lui dire bonjour et lui présenter mon amoureux. Elle me regarde d’une mine déconfite, surprise je ne sais pas exactement quel sentiment lire sur son visage. Ma mère me ressemble comme deux gouttes d’eau, on nous prend souvent pour des sœurs. Ses grands yeux bleus sont brillants, une larme s’échappe, elle est triste. Le soleil couchant de ce 2 mai caresse son visage, elle est belle, je ne lui ai jamais dit mais je la trouve magnifique. Cette grande femme, tellement sûre d’elle, autoritaire, elle nous aime mais ne nous l’a jamais dit, l’amour est tabou chez nous, personne n’exprime ses sentiments, personne ne dit quand c’est bien car on peut toujours mieux faire; j’en ai tellement souffert, j’aurais tellement aimé entendre un je t’aime, j’aurais tellement eu besoin de recevoir un bravo ou un je suis fière de toi. Mais j’ai du grandir sans, et aujourd’hui je suis là, assise sur le siège passager de cette vielle Ford escort, défiant la haute autorité maternelle, bravant le plus grand des interdits, Ça et moi allons passer le weekend avec eux.

Le trajet se déroule dans le plus grand des silences, heureusement que j’avais prévenu Hassan de l’hostilité des lieux, il m’avait d’ailleurs rétorqué qu’après la guerre qu’il a vécu, aucun lieu en ma présence ne lui semblait hostile. Que je l’aime, lui et ses déclarations d’amour! Ma mère se gare devant la maison, elle s’empresse de sortir de la voiture pour se précipiter dans la maison, elle veut prévenir mon père. Mon père cet homme impulsif, mon père qui se mets très facilement en colère, mon père qui va me haïr. Nous entrons dans la maison à notre tour, mon père a le visage fermé, je m’approche de lui pour l’embrasser, il m’effleure à peine la joue, je lui présente Hassan, il lui empoigne la main et la serre fermement. Hassan est beaucoup plus grand que mon père qui doit lever la tête pour le regarder, connaissant mon père il doit détester, je ris au fond de moi. Je n’ai plus peur, je me sens tellement sûre de moi, qu’ils pensent ce qu’ils veulent ça m’est complètement égal, grand bien leur fasse. Moi je suis heureuse et s’ils ne le voient pas tant pis.

Le week-end se passe sans embûches ni évènement majeur. Mes petites sœurs ont assailli Hassan de questions

– “Et d’où tu viens? Tu parles arabe? tes parents ils sont où? Pourquoi t’es venu en France?”

Il nous a raconté son enfance au Liban, sa vie lors de la guerre, il nous a parlé de sa famille, toujours là-bas, des conditions dans lesquelles ils vivent. Hassan est venu en France pour ses études il y a 3 ans, dans son pays il ne pouvait pas étudier ce qu’il voulait, étant un élève excellent il a reçu une bourse pour venir étudier en France, après un an à Vichy en perfectionnement de français il est arrivé à Toulouse pour intégrer l’Iut. Mon père le questionna sur la religion musulmane et sur le fait que, moi, je ne sois pas pratiquante, question que j’attendais mais qui me mis fort mal à l’aise pour Hassan. Lui, ne se laissa pas démonter et expliqua à mon père ses convictions qui lui sont propres et qu’il ne souhaite pas imposer à la femme qu’il aime.

Je bois ses paroles, nous sommes dehors, je fume une cigarette en buvant un coca, je suis bien là chez mes parents avec mon amoureux, tout est parfait…

 “Ce texte est la propriété exclusive de Je suis cette fille, merci de ne pas le reproduire, ni l’utiliser sans citer la source”

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4 Commentaires

  • Répondre Mélissa Blanca 8 décembre 2014 sur 7 h 21 min
    Superbe et comme d’habitude vivement la suite 🙂
  • Répondre Miss Barjabulle 8 décembre 2014 sur 8 h 57 min
    Tu nous emmène avec toi à chaque fois c’est un délice de te lire^^
  • Répondre Brioche 8 décembre 2014 sur 9 h 07 min
    Excellent… Continue ma belle. Je lis chaque épisode avec plaisir.
    Sinon, le coup des parents qui tirent la gueule en me voyant, j’ai eu ça avec mon conjoint. Pendant cinq ans, on m’a forcé à les voir, quand je les vois j’hésite entre le Tenardier et les personnage de Maupassant. Glauques et stupides (je parle pour eux, je ne fait pas une critique sur les tien). Aujourd’hui, je ne les vois plus et je suis bien…
  • Répondre Abdelhamid 8 décembre 2014 sur 9 h 20 min
    Excellent. Vraiment excellent. Elle me regarde d’une mine déconfite, surprise je ne sais pas exactement quel sentiment lire sur son visage. Ma mère me ressemble comme deux gouttes d’eau,

    Une telle tournure est à saluer.

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