Je suis cette fille #3

24 novembre 2014

Je ferme ma porte à clef et le rejoins à l’ascenseur.

Je me sens légère, des lustres que je n’avais pas eu ce sentiment, si je l’avais déjà ressenti un jour, je ne m’en souviens plus. J’ai des papillons dans le ventre comme on dit. C’est vraiment bizarre de se mettre dans un état pareil à chaque fois qu’un homme s’approche de moi. Je suis vraiment en manque d’amour moi..!

L’ascenseur arrive. J’ai le ventre qui se sert, j’angoisse de me retrouver seule avec lui dans un espace si confiné. En parfait gentleman il me laisse monter en premier dans cette cage moderne pleine de miroirs. Je vous ai déjà dit que j’étais claustrophobe? Oui Claustro’ et en plus des miroirs partout. Le bonheur absolu pour moi, je peux m’admirer sous toutes les coutures, voir à quel point je suis grosse, voir que mes cheveux sont ébouriffés, que je ne me suis pas maquillée, que ces Doc sont absolument horribles et font pré-ado en pleine crise, voir que mon manteau est trop petit car je ne peux pas le fermer. Il voit que je m’observe, il me regarde, attendri. Je sens son regard sur moi mais je ne lève pas les yeux vers lui, je ne peux pas croiser son regard sinon je vais perdre tous mes moyens.

Mais pourquoi me fait-il autant d’effet?

Je ne le trouve même pas beau! Il est loin de mes idéaux de beauté et de mes précédentes conquêtes, très loin même. Loin du sosie de Christophe Dugarry avec qui j’ai passé une soirée mémorable, loin du capitaine de l’équipe de Rugby de mon village, loin du pompier volontaire ou du footballeur avec qui j’ai eu une brève aventure contre l’avis de mes parents. Ils étaient tous populaires à leur manière et avaient tous honte d’être avec moi, pourquoi, pourquoi ils ne m’acceptaient pas? Pourquoi avoir honte de ses choix? Ah oui quand on a 17 ans c’est la honte de sortir avec une fille qui a des formes, il vaut mieux une brindille que tous nos copains nous envient… sauf que je suis sortie avec chacun d’eux sans que les autres le sachent… J’aurais sûrement du le dire à un que j’étais sorti avec l’autre… mais je serais passé pour une fille facile ou désespérée. En même temps je l’étais, désespérée!

-” On va chez des copains à moi à coté ça te dérange pas? Ils m’ont passé un coup de téléphone pour m’inviter et j’ai dit que je venais avec une belle blonde, ne me fais pas faux bond! “

Et voilà, je suis rouge écarlate et je le regarde. Oh mon Dieu mais ces frissons qui me parcourent le corps, j’ai envie de l’embrasser, de me blottir dans ses bras, mais moi et mon cœur d’artichaut nous nous reprenons pour ne pas craquer, un peu de dignité voyons! Laissons-lui le temps de nous présenter à ses copains et de voir sa réaction, après je pourrais l’embrasser !

-“Non pas de problème par contre je pense pas rentrer trop tard je suis un peu fatiguée.

– Pas de problème on rentrera quand tu voudras, je te suis ma belle.”

On sort de l’ascenseur, de l’immeuble, de la cour, de la cité U. Il est toujours là, ce n’est pas un rêve. Il me regarde toujours avec ses yeux qui me transpercent. Je me sens grande, je me sens sûre de moi, je me sens belle et j’ai envie de le crier au monde! Je me surprends même à marcher avec un sourire béat sur le visage, je n’arrive pas à le faire partir, sourire me fait du bien, sourire me réchauffe.

Il fait froid, j’ai les oreilles gelées, je relève le col de mon manteau trop petit et tire sur mes manches pour y glisser mes mains. J’ai froid aux extrémités, mes orteils sont en passe de congeler mais je fais mine que tout va bien, d’ailleurs hormis la température qui avoisine les 0, tout va bien. Il se rapproche de moi, nos bras se frôlent quand on marche, j’aime ça. Je ne dis rien mais j’attends chaque mouvement avec impatience pour le sentir à nouveau contre moi. Il passe sa main autour de ma taille et mon corps frissonne. Je sens son corps chaud contre le mien, sa main prévenante sur ma taille, je me blottis au creux de son bras, je suis bien, tellement bien.

On arrive chez ses amis, ils m’accueillent à bras ouverts, m’embrassent comme si on se connaissait depuis des années. Ils connaissent déjà mon prénom, il leur a déjà parlé de moi…? Pourquoi? Pour que je ne passe pas pour une idiote, pour faire comme si on se connaissait déjà, pour faire comme si on sortait ensemble…?

Oh et puis on s’en fout!

Ce soir je n’ai pas envie de me poser toutes ces questions, ce soir je n’ai pas envie de réfléchir.

Ce soir j’ai juste envie d’être cette fille de 18 ans qui passe un bon moment, qui boit des bières, qui rit à des blagues nulles, j’ai juste envie d’être cette fille au creux de ses bras, juste envie d’être contre lui et de ne plus penser à rien d’autre qu’à lui.

Ce soir je veux être futile, superficielle, ce soir je veux être une de ces filles que je dis ne pas aimer mais que je jalouse, ce soir je veux me sentir belle, me sentir femme.

Ce soir, le soir où j’ai voulu mourir je veux me sentir VIVANTE.

 “Ce texte est la propriété exclusive de Je suis cette fille, merci de ne pas le reproduire, ni l’utiliser sans citer la source”

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