Je suis cette fille #14

26 octobre 2015

Trop de premières fois en ce moment je ne vais pas y arriver Hassan »
Je me blottis dans ses bras la larme à l’oeil et toute tremblante.
«  Mais non aller ne t’inquiète pas, tu es forte, tu vas y arriver. Et puis de toute façon on ne peut pas y aller à pieds ! »
J’entends un léger sourire dans sa voix, il se moque de moi. Je suis tétanisée dans ses bras et lui se paye ma tête. Ah je vous jure, il a toujours le bon mot pour me détendre.
Je me dégage de son étreinte et le regarde droit dans les yeux. J’ai l’impression d’être dans un roman de Musso à ce moment précis.
Nous sommes debout au milieu du hall de l’aéroport, les yeux dans les yeux, le visage radieux, la vie semble suspendue à mes lèvres. J’aimerai pouvoir figer le temps et rester comme ça toute la vie dans ses bras, sans soucis, sans malaises, sans violence.
Juste, lui et moi, amoureux comme au premier jour.
J’aimerai que ma vie soit plus simple mais, elle est ma vie…
Dans un roman, nous nous envolerions vers d’autres lointaines contrées, laissant nos problèmes derrière nous, plus amoureux que jamais, nous aurions de beaux enfants blonds aux yeux bleus, lui serait avocat et moi publicitaire de génie, je porterai des Louboutins et Hassan un costume trois pièces Armani…

Oui mais ce n’est pas la scène d’un film, ni d’un roman, nous portons tous les deux un jean usé, frôlant la déchirure pour la part, nous nous aimons certes mais nous ne sommes pas riches, si ce n’est de l’Amour que nous nous portons. Je l’aime tellement, tellement plus intensément chaque jour, tous nos problèmes nous rapprochent.

Je pose mes lèvres sur les siennes pour rendre cet instant mémorable au moment où le microphone grésille avec des notes assourdissantes suivie d’une voix niaise et hésitante:
« Les passagers du vol AF47123 à destination de Milan sont priés de se rendre Hall d’embarquement 34, merci !”

Je l’imagine derrière son micro, petite avec un nez trop long pour son visage, essayant de le cacher sous son chapeau d’hôtesse de l’air. Je ne sais pourquoi mais je la pense laide. C’est assez étrange pour moi de ressentir ce sentiment, pourtant je ne critique jamais les gens mais elle, sa voix m’horripile depuis déjà des heures. Chaque annonce de nouveau vol prêt au départ c’est elle qui la fait et je n’en peux plus de cette voix nasillarde. Entre le stress et mon manque cruel de patience je suis à bout de nerfs et c’est elle qui prend. Je ne la verrais jamais après tout, je peux bien l’imaginer comme je veux, et puis ça change du mythe de l’hôtesse canon!

Sa voix… La voilà la réalité qui nous rattrape, il faut y aller, je tire ma lourde valise vers le quai d’embarquement indiqué partagée entre stress et appréhension, peur et impatience, excitation et torpeur.
J’ai peur…

Peur de prendre l’avion pour la première fois de ma vie, peur de partir dans ce pays que je ne connais pas. Chez des inconnus, loin des miens pendant un mois.
J’ai peur de ne pas leur plaire, qu’ils ne m’aiment pas, voire pire, qu’ils me détestent !
J’ai peur de ne pas savoir quoi leur dire comme on ne parle pas la même langue. J’ai bien essayé d’apprendre mais l’arabe c’est dur comme langue. Je sais demander un thé et où sont les toilettes, dire je t’aime, bonjour et au revoir, les bases quoi!

J’ai peur d’avoir peur. Oui je sais c’est stupide mais quand je suis angoissée tout m’effraie. Ce pays hostile marqué par l’histoire : par la guerre, par la mort.

J’ai peur. J’angoisse depuis des semaines. J’ai eu la bonne idée de passer mes après-midi devant des téléfilms américains à la con avec des avions qui s’écrasent à tous bouts de champs ou des terroristes qui n’ont comme seule occupation que de détourner des boeings. Me voilà donc plus que rassurée quand je franchi le seuil de notre petit A320 destination l’Italie pour une escale de quatre heures.

Seule ma mère sait que nous partons. Je n’ai pas voulu le dire à mon père de peur qu’il ne s’inquiète. Non en fait si je n’ai pas voulu qu’il le sache c’est pour qu’il n’abuse pas encore de la boisson et qu’il mène la vie trop dure à ma mère durant mon absence. Il n’a déjà pas besoin de stresser pour boire… Je sais qu’il n’aimera pas, qu’il ne comprendra pas mais tant pis.

Un dernier SMS avant que l’hôtesse ne nous demande d’étendre nos portables
“On décolle, on se voit dans un mois. Je t’aime maman, bisous”
Je presse la touche envoyer suivi de celle MARCHE/ARRET. Je le rallumerai dans un petit mois car là-bas il n’y avait pas de forfait disponible pour le réseau français, alors ça sera silence radio pendant 31 jours. Ca va faire drôle, moi qui ait le portable greffé à la main.
Les doigts enfoncés dans la cuisse d’Hassan, emplie de stress, d’appréhension, les yeux aux bord des larmes, je supporte difficilement le décollage. Mes oreilles se bouchent, mon pouls tape fort dans ma tête.

Aujourd’hui c’est mon anniversaire, nous sommes le 30 juillet 2003, je pars au Liban avec mon mari rencontrer sa famille.

Aujourd’hui j’ai 21 ans et je suis une menteuse, je ments à mes parents depuis des mois au sujet de ma vie et je le vis de plus en plus mal. Ce secret me pèse, cette séparation va aussi me faire du bien, pouvoir dire ce que je veux sans me soucier de faire une gaffe au sujet de notre mariage.

Aujourd’hui j’ai 21 printemps et mon mari l’a oublié. Je ne lui en veux pas, il a autre chose à penser, depuis le temps qu’il n’a pas revu sa famille. Il est tellement enthousiaste à l’idée d’être sur sa terre natale, de partager ses souvenirs d’enfance avec moi, de me faire découvrir sa ville, les endroits où il jouait enfant, son école, son lycée, son arrêt de bus, sa plage….. Sa vie avant moi. Comment lui en vouloir?

Il me tarde tellement de revoir le Hassan que j’ai rencontré, parfois il me manque terriblement.

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2 Commentaires

  • Répondre pitch 14 mars 2016 sur 21 h 57 min
    Et la suite alors? Je veut savoir la suite moi.
  • Répondre Rachel 4 septembre 2016 sur 21 h 24 min
    A quand la suite?
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