Je suis cette fille #12

26 septembre 2015

On décide de se garer au parking place du Capitole pour ne pas trop tourner pendant de bien trop longues minutes et surtout éviter que je ne m’énerve.. Déjà que moi je voulais y aller en métro, mais Paul a dit “Non, attends c’est bon, on va pas à son mariage en métro, c’est HORS-DE-QUES-TION!” et quand Paul parle en détachant bien toutes les syllabes d’une phrase il est inutile de riposter, il  a déjà tout décidé. Alors je suis montée tranquillement dans la Polo grise et il m’a conduite à la mairie, comme mon père aurait du le faire.

Sur la place bon nombre de nos amis nous attendent déjà, mais je ne vois pas Hassan, il ne doit pas encore être arrivé. Un léger sentiment de peur me submerge… et s’il ne venait pas pour de vrai. Arrêtes Aurore c’est une peur classique, la mariée abandonnée sur le parvis de l’église ça n’arrive que dans les films ou les séries américaines dont je me gavent par temps gris. On est pas ans grey’s Anatomy là, c’est la vraie vie, il va venir.

Et puis avec tout ce qu’on a traversé il n’y a plus de raisons de ne plus se marier. Les engueulades, les nuits trop courtes, les moments de doutes, cette soirée…

Un frisson me parcoure le dos en repassant à cette soirée de Novembre, il faisait gris dehors et tellement froid pour la saison, je ne me sentais pas bien, tellement mal depuis des jours, des semaines. Il est rentré tard, encore, comme à l’habitude depuis des jours, des semaines, des mois… Peut-être même comme toujours d’ailleurs mais en ce moment je ne supportais plus ses absences. Moi j’avais arrêté la fac laissant à l’abandon mon avenir professionnel au profit de notre vie tous les deux, pour son bonheur, à sa demande… et lui rentrait tard, trop tard pour avoir juste fini sont travail. Il était chez elle j’en étais sûre mais il me mentait c’en cesse…

A bout, il était totalement à bout ce soir du 14 Novembre 2002, quand il a franchi la porte de l’appartement, j’étais affalée sur le canapé de cuir noir que nous avions récupéré chez des amis qui s’en séparaient, la maison était dans un état qu’il n’avait sûrement jamais vu, car d’habitude je brique tout avant son retour, sauf que là je suis mal, mal, très mal, et je n’ai rien fait. Rien du tout, j’ai le cheveux gras, l’haleine fétide, je suis nus pieds dans mon jogging troué beaucoup trop grand pour celle que je suis en train de devenir physiquement. Des miettes de pain jonchent le sol je les sens sous la plante de mes pieds quand je me lève pour l’embrasser, je sais qu’il va refuser tout contact avec moi dans cet état, c’est sûrement un peu aussi pour ça que je suis accoutrée de cette manière aujourd’hui, j’ai aussi besoin de répit, besoin de ne pas seulement être sa chose, seulement être à sa disposition sexuelle.

J’ai aussi besoin qu’il me prenne dans ses bras, qu’il me câline sans pour autant que LA CHOSE soit la finalité de l’acte de tendresse que je demande. Je m’approche de lui à pas de loups, je ne veux pas arriver en terrain conquit même si j’aimerai tellement que ce soit lui qui se dirige vers moi, pour me demander comment je vais, car je n’ai pas l’air d’aller bien. Non, je ne vais pas bien mais lui s’en fout. Il ne pense qu’à lui, qu’à son petit confort, qu’à sa dose de sexe quotidienne, qu’a me sauter, il ne pense qu’à ça, je suis SA chose, son objet sexuel, sa poupée gonflable. Je me sens mal, j’ai la nausée, je n’ai pans envie de l’embrasser, j’ai peur de l’exciter et de devoir écarter les jambes pour satisfaire une de ses pulsions malsaine, peur de devoir encore être un trou, être son trou…

Ce soir là, c’est comme ça que je me sens, sale, moche, en manque d’Amour, avec un grand A. Je suis en manque de tendresse, de reconnaissance, juste de tendresse bordel! Ce soir, j’ai juste envie d’être dans ses bras et au moment où je suis arrivée à sa hauteur il me balance une claque du revers de sa main:

” tu t’es regardé dans un miroir ce matin? Tu ressembles à rien! Va te doucher et après rejoins moi dans la chambre! “

Je m’étais jurée que la prochaine fois qu’il me frapperais je lui péterais les couilles, oui c’est facile d’avoir du courage quand il n’est pas là, c’est tellement facile de rêver de partir loin des coups, de partir loin des viols quotidiens. Au lieu de ça j’ai ravalé mes larmes, me suis excusée d’être dans cet état de laideur insupportable pour ses yeux et je suis partie dans la salle de bain. J’ai pris grand soin de passer par les toilettes avant et d’en ressortir avec ma trousse à pharmacie. J’ai refermé précautionneusement la porte de la minuscule salle d’eau de notre appartement, j’ai fais couler l’eau de la douche. La buée recouvrait le miroir quand je me suis décidée à l’ouvrir, assise à même le sol. La trousse Hello Kitty entre les jambes j’ai fouillé, farfouillé pour trouver de quoi en finir, de quoi mettre un terme à cette situation insupportable, à cette vie qui me pèse. J’ai attrapée du bout des doigts le verre à dents et l’ai rempli d’eau, j’ai englouti une boite d’Euphitose et tout ce qui me tombait sous la main dans cette boite de Pandore devant moi. J’ai fortement regretté de ne pas avoir de somnifères plus puissants, au moins la chute aurait été plus rapide.

Je l’entends arriver dans le couloir

” Tu fais quoi là? T’as pas bientôt fini?”

Je ne réponds pas, je ne peux pas, j’ai peur, j’ai froid, j’ai le souffle coupé, je pleure. Je ne m’étais même pas rendu compte que je pleurais, mes les larmes perlent bien sur mes joues. Je laisse échapper un sanglot.

” Mais qu’est-ce que tu fous bordel? Tu chiales encore? Putain Aurore allez c’est bon. Je suis désolé, allez ouvre”

Je ne répond pas, je ne sais pas quoi lui dire, je n’ai pas envie de le voir, je veux juste mourir, seule sur le carrelage gris de ma salle de bain au fond de mon appartement, en dessous de mes voisins qui s’envoient en l’air… encore! Je ne veux plus de cette vie, je ne supporte plus cette vie trop dure, trop lourde, je ne veux plus vivre comme si demain n’existait pas. Je ne suis pas assez forte pour elle, elle m’emporte, elle me lessive, elle ne m’aime pas, il ne m’aime pas.

“Aurore, réponds moi s’il te plait, Aurore tu me fais peur là”

Sa voix s’est radoucie, il à l’air tellement gentil à cet instant précis, à travers cette porte, je pourrais croire qu’il est vraiment inquiet, je pourrais croire qu’il m’aime pour de vrai. Le tremblant dans sa voix laisse croire à de l’émotion, j’avais presque oublié qu’il pouvait en être capable, j’avais presque oublié qui il avait été. Derrière la porte il est là, encore! Oui il est revenu. Il répète mon prénom, il est inquiet, il crie, il me supplie de lui ouvrir la porte. Il a compris, il sait ce que j’ai fait, il a peur pour moi, peur de me perdre. Il regrette sont geste, il regrette d’avoir été comme ça avec moi, il va changer, il est revenu. Il est là, celui qui m’a sauvé le 21 Janvier 2001, il est revenu, il est encore là derrière ma porte.

Je sens que je vacille quand j’essaye de me relever pour ouvrir le loquet qui m’enferme dans ces 4 m², mais je dois y arriver, je dois ouvrir cette porte, il est LA! Il est revenu je ne dois pas le laisser partir il me supplie de lui ouvrir, il pleure, il s’excuse je ne dois pas le laisser comme ça. Je lui fais du mal, il me le dit, je ne pensais pas que partir lui ferais autant de mal. Il tient donc à moi, en fait c’est sa façon à lui de m’aimer? et puis d’abord qui je suis moi, pour juger la façon dont il m’aime? Je n’ai jamais été aimé par personne d’autre alors comme je peux savoir? C’est peut-être CA la vraie vie de couple celle que nous vivons après tout! Mais pour qui je me prends moi, Madame Aurore à croire que je sais tout bordel! Putain Aurore quoi t’es vraiment trop conne!!

Il faut que j’arrive à ouvrir cette putain de porte, il le faut, je me bats contre le sommeil qui m’envahit de plus en plus, mais je dois puiser au fond de moi pour le retrouver, mon chevalier blanc celui qui m’a déjà sauvé est réapparu et je ne vais pas le laisser disparaître encore une fois. Dans un dernier élan j’arrive à tourner le verrou et la porte s’entrouvre presque aussitôt, Hassan ouvre la porte avec fougue, et m’attrape dans ses bras observant avec effroi le sol est jonché de cachets multicolores.

” Aurore t’as pris quoi? Aurore réponds moi t’as pris quoi? Bordel Aurore, réponds”

Il est complètement paniqué, je veux lui répondre mais aucun son ne sort de ma bouche, je voudrais lui dire que je l’aime, que je le pardonne mais mes lèvres ne bougent pas. Il me porte pour m’emmener aux toilettes et me fait vomir. Il tient mes cheveux avec délicatesse, il pleure, il me parle tendrement, il est fou d’inquiétude. La tête au dessus du trône, il me dit qu’il m’aime plus que tout au Monde, qu’il ne peut pas vivre sans moi, que je suis son soleil, sa lune, sa boussole que sans moi il est perdu, que je suis une perle. Qu’il a beaucoup de chance de m’avoir et qu’il ne s’était pas rendu compte à quel point il était heureux et chanceux d’être mon futur mari. Il m’aime plus que tout au monde, il répète en boucle ses mots et moi je vomis mes tripes. Je me dis que j’ai vraiment été conne de tenter de tout perdre, que sans lui moi non plus je ne suis rien, que je ne mérite pas son amour, que j’ai une chance infinie de l’avoir dans ma vie et que j’ai voulu y mettre fin.

Nous passerons la soirée blottis dans les bras l’un de l’autre, sans mots dire, le cœur plein d’amour et de tendresse.

Les yeux emplis de larmes je le vois arriver au bout de la place dans son costume noir choisi pour l’occasion, il a repassé sa chemise bordeaux et à mis une cravate, il est beau!

Il est là!

On va se marier, on va être heureux jusqu’à ce que la mort nous sépare et bien plus…

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7 Commentaires

  • Répondre Mélissa Blanca 26 septembre 2015 sur 15 h 13 min
    J’ai un mélange de pleurs… mal de ventre…. de haine… je ne trouve jamais les bons mots mais tu me comprends <3
    • Répondre Virginie 26 septembre 2015 sur 15 h 58 min
      Il ne faut pas pleurer pour moi c’est fini! Mais si tu pleures pour Aurore c’est que mon émotion y est! Je t’embrasse très très fort!!!
  • Répondre Rachel La Marmotte 26 septembre 2015 sur 16 h 05 min
    C’est dur et ça fait mal… <3
  • Répondre SAM 27 septembre 2015 sur 14 h 12 min
    Comment peut – on en arriver à se faire autant manipuler ? Je pense que tant que nous n’y avons pas été confronté nous avons du mal à comprendre ! Ça prend aux tripes !
    Bises
    • Répondre Virginie 27 septembre 2015 sur 15 h 11 min
      Tu sais même quand on l’a vécu et qu’on le raconte on ne comprend pas comment on a pu rester…. Mais quand on est dedans on ne voit rien, une telle emprise c’est affolant. D’où le but de ce roman, essayer de faire comprendre aux gens que non ce n’est pas facile de partir, non c’est pas si on veut on part, non si on reste ce n’est pas parce qu’on aime ça…
  • Répondre monica 28 septembre 2015 sur 9 h 28 min
    ….aucun mot… juste de la haine profonde pour Hassan. juste une pitié immense pour ce que les femmes dans ce cas là endurent. une véritable torture psychologique..
  • Répondre Pimprenelle 9 octobre 2015 sur 17 h 06 min
    Je comprends ce que vis Aurore : elle est en tel manque d’amour, elle a si peu confiance en elle, elle a une image d’elle tellement mauvaise que la seule personne qui s’intéresse un peu à elle et lui redonne gout a la vie, c’est Hassan ! Hassan représente sa bouée de sauvetage meme si elle est percée !il va falloir qu’elle apprenne à nager toute seule et cela prend du temps de lâcher sa bouée, même si elle est foutue !
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