Je suis cette fille #11

21 septembre 2015

On y est, le grand jour est arrivé, le 22 Février 2003.

J’attends cette date depuis des mois, des mois entiers à ne pas toucher terre, des mois entiers à peaufiner le moindre détail, des mois entiers à tout faire seule, tellement seule que parfois je me demandais si ce mariage intéressait le premier concerné ou non… Des mois d’Amour chaotique, de vie instable, de doutes, de questionnements, mais des mois qui finissent bien. Aujourd’hui je vais me marier à un homme que j’aime par dessus tout!

Les dernières semaines n’ont pas été de tout repos, je trépigne d’impatience d’être au jour J et maintenant que j’y suis je voudrais pouvoir revenir en arrière de quelques heures, jours, mois. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose, que tout n’est pas parfait, que tout n’est pas comme je le voudrais. Des jours que je dors à peine tellement le stress m’a envahi, des heures que je tourne en rond pour vérifier que chaque chose soit à sa place et que chaque chose ait une place, à vérifier que tout soit prêt pour mes invités.

Hassan n’est pas là, dans un souci de tradition, il n’a pas dormi à la maison hier soir mais chez Joe, son copain d’Iut. Une soirée bière si j’ai bien tout compris… J’espère qu’il aura les idées claires à la mairie et qu’il ne dira pas non. Cette éventualité me fait sourire… jaune.

Et s’il disait non? Et s’il ne voulait plus m’épouser? Et si tous ces mois n’avaient été qu’une mascarade amoureuse et que mes parents avaient raison? Et s’il se servait vraiment de moi? Oh mon dieu, je ne m’en remettrai jamais s’il me disait non devant tous nos amis ou pire s’il ne venait pas du tout. Un SMS me sort de ma torpeur:

” Je t’aime bb, Rdv à la mairie, bisous”

Non tu vois Maman, il m’aime et on va se marier aujourd’hui! Une larme perle sur ma joue, mais une larme de joie cette fois! Ce soir je serais Madame Mahmoud, ce soir je serais sa femme, ce soir je serais heureuse jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Allez hop fini de tergiverser sur des éventualités non éventuelles, un dernier coup d’œil dans le frigo, le champagne est bien au frais tout est parfait!

Un passage rapide dans la salle de bain pour une ultime retouche maquillage avant de partir, se maquiller à la lumière artificielle peut réserver de sacrées surprises à la lumière du jour et je ne veux pas ressembler à un pot de peinture le jour de mon mariage. La fille dans le miroir m’accueille avec un large et franc sourire, elle est belle. Ses longs cheveux sont relevés en chignon, ses yeux légèrement fardés de noir et ses lèvres peintes en rouge. Je mets quelques instants avant de me reconnaitre, j’ai tellement maigri, je ne mange quasi plus. Hassan préfère les filles minces et pour mon mariage je voulais être la plus belle à ses yeux. Alors pour lui rendre grâce j’ai perdu dix kilos, “dix kilos d’amour pour mon Amour” comme il me disait en me regardant. Il me trouve plus belle à présent je suis contente. Lui plaire est ma priorité, je dois le rendre heureux c’est mon travail, mon job d’épouse, encore plus qu’avant. Tirer mes cheveux, les humidifier pour que rien ne dépasse, essuyer le dessous de mon œil au coton tige pour atténuer le noir qui pourrait couler, enfiler les jolies lunettes prêtées par une copine de fac pour l’occasion.

Aujourd’hui, j’avais envie de porter des lunettes, ne me demandez pas pourquoi mais il me fallait des lunettes, c’était comme une obsession, je ne sais pas pour quelle raison saugrenue mais il m’en fallait! J’ai bien une petite idée mais je ne veux pas m’avouer que c’est la vérité… Quand je les mets sur mon nez, je ne me reconnais définitivement plus mais j’aime le reflet que m’offre le miroir de ma salle de bain. Entre les taches de dentifrices et les coulures d’eaux, la fille du miroir est plutôt canon pour aller se marier, d’ailleurs il est l’heure de partir, l’interphone me sort de ma rêverie, c’est mon témoin qui vient me chercher…

Paul est le premier à me voir, je sens toute cette émotion qui nous unis quand il me sert dans ses bras pour me chuchoter que je suis belle comme jamais. Pourtant je ne porte ni robe blanche, ni robe tout court d’ailleurs. Ayant un budget plus que ric-rac, j’ai fais le choix de me marier en tailleur noir, la seule fantaisie est l’intérieur de ma veste en satin bordeaux. Je laisse échapper un “merci” du bout des lèvres, bien trop émue dans ses bras pour prononcer quoi que ce soit d’autre. Quand je m’extirpe de sa tendre étreinte je vois Marie, sa copine du moment, qui me sourit à pleines dents comme pour avoir mon approbation, comme si j’étais sa belle-mère, celle qu’elle devait séduire à tous prix pour garder son fils. Sauf que cette fille je ne l’aime pas… mais c’est un autre débat et pas le moment opportun pour lui claquer une gifle non plus, je risquerais de saloper mon maquillage. Cette fille ne me gâchera pas cette journée, aujourd’hui c’est moi le centre d’intérêt et je compte bien en profiter pour lui voler la vedette à cette blondasse!

Déjà qu’il va y avoir la Pascale, ne pas pleurer, ne pas pleurer… ne pas s’énerver non plus! Pff c’est dur d’un coup tout monte, l’émotion, la pression, la peur, l’angoisse, le sentiment d’échec, ce mensonge qui me pèse, les absents qui me manquent, la force qui me quitte…

Je fonds littéralement en larmes dans les bras de Paul laissant couler mon mascara sur sa superbe chemise blanche repassée avec soin par sa pimbèche sûrement. Mais pourquoi je pleure bordel?? Pourquoi? C’est pas possible je dois absolument me ressaisir. Le pauvre Paul est bien désarmé face à mes larmes, depuis le temps qu’il me connait il sait très bien que je pleure pour rien, pour un oui ou pour un non, alors il lui semble juste logique que je craque aujourd’hui:

“Aurore, merde ma chemise, t’aurais pas pu pleurer AVANT de te maquiller non?”

” Toi et ton sens du détail Paul, toujours le mot pour rire eihn!”

Mais oui effectivement il me fait sourire par tous les temps lui. Il sait toujours avoir le mot juste pour me remonter le moral. Je ne dois plus pleurer, je file vite dans la salle de bain arranger le carnage, heureusement que j’ai investi dans du waterproof, je me connais moi aussi.

Je ressors comme si de rien n’était, arbore mon plus beau sourire, les yeux à peine rougis de ce chagrin fulgurant. Je ferme la porte de mon appartement comme une demoiselle pour la dernière fois de ma vie.

Je me dirige vers le jour le plus heureux de mon existence le cœur lourd d’un mensonge et d’une absence.

Aujourd’hui mes parents me manquent…

Aujourd’hui je vais me marier…

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous devriez aimer également

10 Commentaires

  • Répondre Audrey Maman Poussinou 21 septembre 2015 sur 20 h 53 min
    Viiiiite la suite !
  • Répondre Audrey Maman Poussinou 21 septembre 2015 sur 20 h 53 min
    🙂
  • Répondre monica 22 septembre 2015 sur 19 h 49 min
    Plus je lis plus jadore…
    Je me repete mais cest celui la qui sera édité. Parole de moi!
    • Répondre Virginie 22 septembre 2015 sur 20 h 14 min
      Merkiiiiii ! Écoutes j’écris, j’écris comme ça si un éditeur me contacte pour le String Fushia, discrètos je lui passe celui là aussi! Ni vu Ni connu ????
  • Répondre Zoé 23 septembre 2015 sur 9 h 11 min
    J’adore ce texte, enfin cette histoire !
    C’est celui-là TON roman ! Continue de nous régaler chaque lundi… Avant que nous avions la chance d’avoir le livre dans notre bibliothèque !
    • Répondre Zoé 23 septembre 2015 sur 9 h 12 min
      *ayons la chance… ? le correcteur orthographique…
  • Répondre Pitch 23 septembre 2015 sur 19 h 14 min
    Et ben moi plus je lis, moins je la sent cette histoire
    je sais pas pourquoi mais je trouve pas hassan très franc et sympa avec sa chérie.
  • Répondre Pimprenelle 9 octobre 2015 sur 15 h 58 min
    Mince, je croyais que c’était ton histoire, pas un roman ! Tú es trop forte ! J’adore !
    Je te laisse, vite la suite !
    • Répondre Virginie 9 octobre 2015 sur 16 h 24 min
      Oui c’est mon histoire que je romance… ❤️

    Ecrire une réponse