Ce petit sas

22 juin 2016

On devrait tous en avoir un. Ce petit espace dans le temps rien qu’à nous aussi infime soit-il.

Ce moment où l’on peut faire sauter la soupape de sécurité sans que personne ne fasse partie des dommages collatéraux.

Ce moment où l’on relâche tout avant de repartir de plus belle.

Notre sas de décompression rien qu’à nous.

Moi j’en ai deux, plus ou moins importants. Deux moments rien qu’à moi, privilège d’être une maman qui travaille.

Le premier c’est le matin, une fois que j’ai déposé ma grande au collège, je me rends à la poste pour prendre le courrier dans la boite postale pour le boulot. J’arrive à vingt et ça ouvre à trente bien tassé. Oui la ponctualité c’est pas trop leur fort. Avant je pestais tout ce que je pouvais sur leur retard, parce que je n’avais pas que ça à faire moi, d’attendre qu’ils daignent ouvrir. Que trente c’est trente, que dans le commerce la ponctualité c’est la base du métier. Blablabla… alors je pense toujours pareil eihn, mais maintenant je m’en carre l’oignon qu’ils ouvrent à trente, à vingt-neuf ou même à trente-deux figures toi.

Pourquoi ?

Parce que je mets ce temps à profit. Ces quelques minutes rien qu’à moi. Figer le temps avant que le tourbillon de la journée ne m’emporte. Je regarde mes mails, surfe sur Facebook et admire vos photos sur Instagram. Je dis bonjour à mes copines sur le net. Je regarde les gens passer. Je mange mon sandwich du petit déjeuner en silence en foutant des miettes partout dans ma petite micra. J’écoute Bruno dans la radio et je me marre comme une baleine. Je monte le son à fond quand il passe Justin Timberlake et je gesticule seule comme une dinde le soir de Noël qui ne veut pas rentrer dans le four.

Ca c’est mon petit sas à moi, celui de matin. Celui qui me donne l’énergie nécessaire pour affronter les énièmes crises de paranoïa de mon boss ou encore les histoires de fantômes. Les clients relous. Les baisses de moral. Les mauvaises nouvelles. Les trucs chiants à faire au boulot. La pluie. L’ennui. Les dead line.

Il est vital.

Le second sas ce sont les dix petites minutes qui me séparent du travail et de l’arrêt de bus le soir. Je pars du travail bien plus heureuse que quand j’y arrive. Ca y est la journée est finie je vais pourvoir souffler… Ahahahaha ça c’est dans les films eihn, en vrai tu souffles quoi, l’espace d’un instant quand t’es maman. Ben moi je souffle ces dix petits minutes, parfois moins, parfois plus suivant la circulation.

Dans ma voiture, cheveux au vent et musique à fond je pense à ce que je voudrais vraiment faire de ma vie, je me note virtuellement des idées pour mon roman. Je prends pleins de résolutions que je tiendrais jusqu’à l’arrêt de bus. Je me dis que je devrais aller courir plutôt que de me plaindre en silence d’avoir grossit. Je me demande si je vais me réinscrire à la salle de sport en septembre vu que je n’y ai pas mis les pieds depuis deux mois. Je pense à ce que mon mari me dira si j’arrête complètement le sport comme avant. Je culpabilise de ne pas arriver à tout gérer de front comme je le voudrais. A ce moment là, je monte le son pour chanter du Mariah Carey ou du Whitney Houston et vraiment me vider la tête.

Et j’arrive à l’arrêt de bus et ma seconde journée commence. Le marathon est enclenché. Fini de rêvasser, la vraie vie vient de me rattraper avec son Eastpack et ses fausses Stan Smith.

Fermer les écoutilles, sas de décompression dépressurisé. Rendez-vous demain matin.

Parfois j’aimerais vraiment que la poste ouvre à 9h ou que la rue soit bloquée et que mon petit moment à moi, rien qu’à moi devienne un long moment. Et puis je me dis que j’ai déjà de la chance d’avoir ces quelques minutes qui n’appartiennent qu’à moi.

A partir de demain, ma grande est en congés et je ferai donc les trajets seule ! Vingts minutes le matin et le soir rien que pour moi… Vingts minutes de pur bonheur à refaire le monde, à appeler des copines sans que personne n’écoute. A chanter à m’en casser la voix. A chialer pour rien, pour décompresser. A faire fonctionner mon imagination à plein tube. A penser à la chance que j’ai. A ce que je n’ai pas. A ce que je voudrais. A planifier des choses que je ne ferais pas. A penser à des idées d’articles.

Vingts minutes hors du temps, hors de mon temps de maman, de femme, d’employée.

Vingts minutes juste entre moi et moi pour rester moi.

Monte le son et prends ce petit sas que je t’offre !

 

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